Lundi 3 novembre
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12:37
Je grelottais ...
Je claquais des dents ...
De froid ? Oui, sans doute mais il y avait autre chose ...
Dans ce cas, de quoi ?
De peur ! Oui, il y avait de ça aussi ... Forcément, seule sur la route pour une adolescente, ça terrorise. Oui, mais j'étais décidée à matérialiser ma rébellion en fuguant brutalement après une
énième dispute avec mon père où il m'avait violentée.
Ca, c'était le déclencheur mais pourquoi en est-on arrivé là ? C'est la question que je me posais en boucle et la réponse était invariable : soif d'émancipation, de liberté qu'on me refusait
systématiquement. Alors, il a fallu agir ...
La vie avec des parents trop autoritaires avec des idées rétrogrades en ces débuts des années 90 est parfois trop dure à supporter, surtout pour une jeune fille se cherchant mais systématiquement
bridée ... Trop dure pour un être emplie de contradictions comme je pouvais l'être à cette époque, tout comme je le suis encore ... Depuis toujours ... Et sans doute à jamais ...
C'est sans doute l'origine du mal, cette fugue ...

C'est sans doute
l'acte fondateur de la désaxée que je suis devenue malgré le vernis social que j'ai réussi à peindre par dessus au fil des années mais qui craquelle à la moindre occasion, m'emmenant au bord de la
catastrophe. A chaque fois, je réussis à m'en sortir mais c'est pour mieux recommencer plus tard ... Peut-être me fallait-il sombrer pour me rendre compte qu'il fallait que je m'assagisse mais même
de ça, je n'en suis pas sure. A réfléchir à ces questions, je passais dès mon plus jeune âge de longs moments à m'isoler pour tenter d'y répondre mais jamais les réponses ne furent satisfaisantes
jusqu'à aujourd'hui.
Mais revenons à l'instant de mes 16 ans où j'ai décidé de fuir la maison après que mon père eut espionné mon journal intime où j'y couchais toutes mes pensées secrètes réelles ou non ; où je
décrivais des expériences vécues qui allaient forcément à l'encontre des interdits familiaux ; où, concrètement, je décrivais avec force de détails très crus ma première expérience sexuelle
intervenue un an auparavant mais que j'avais jusqu'à présent réussi à soustraire à l'espionnite aigüe qui avait cours ... Et de surcroît, on ne peut pas dire que j'y relatais un quelconque regret :
ça avait été fabuleux à l'époque. Par des proses adolescentes, je m'y promettais de recommencer, j'y chantais les louanges de la masculinité qui était capable de sublimer autant la féminité.
J'avais recommencé maintes et maintes fois et durant longtemps, j'avais réussi à garder secret ces expériences qui étaient devenues excessives en fréquence, en tout cas pour une jeune
adolescente.
Mon père a sorti la ceinture et m'a punie en conséquence ... Au-delà de la douleur, c'était surtout l'humiliation qui m'avait le plus traumatisée.
Alors, sans en référer ne serait-ce qu'à mes amies, j'ai fugué ... Décidée, c'était à ce moment un point de non-retour qui avait été atteint.
Pour aller où ? Je ne le savais pas ... Fuir, c'est tout ce qui importait. Découvrir le monde, fuir mon village natal où tout le monde sait tout sur tout le monde et qui est devenu une prison.
Et me voilà sur la route munie de mon seul sac à dos.
Le plus difficile fut de s'échapper par les petites routes où l'impression était qu'à tout instant, mon entreprise pouvait être vouée à l'échec. Cela fut toutefois facilité par la période estivale
où des touristes étrangers sillonnaient la région et ne se posaient pas trop de questions sur une adolescente seule sur les routes de campagne ...
Mais une fois arrivée sur la route nationale puis sur l'autoroute, je me sentais enfin libérée de l'emprise paternelle ... Enfin libre ! Plus personne ne pouvait me rattacher à mon village par ici
!
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